Une question de confiance … Ce mois-ci, c’est Cavali’erre qui organise la Cavalcade des blogs. Vous l’avez compris, le sujet est l’importance de la confiance en équitation. Ce très beau sujet est tellement vaste que j’ai cogité un bon moment pour savoir sur quel angle j’allais l’attaquer. Je me posais la question : “ A quel moment ais-je fais le plus confiance à un cheval ? Et puis ça a fait tilt. Je vais vous parler aujourd’hui de mon petit Dadou à moi, de mon chouchou d’écurie, Pendjab d’Emery.

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Pendjab d’Emery

Pendjab est un Poney Français de Selle avec 50 % d’Arabe d’un mètre 48 environ, d’un alezan brulé intense.

Rapide, énergique, endurant, gentil, tout pour plaire. Et comble de sa propriétaire, autrement dit moi, Pendjab est tellement génial que je n’ai que très rarement l’occasion de le monter car les cavaliers du club se l’arrachent. Pourquoi ? Parce qu’ils ont confiance en lui. Pendjab est fiable, il ne fait jamais aucune crasse à aucun cavalier.

Ce qui est très rigolo, c’est que lorsque je l’ai débourré, il y a 11 ans de cela …J’ai failli le vendre. Je venais d’ouvrir mon club, et comme je l’ai déjà expliqué dans cet autre article (Ces coups de talons qui ne servent à rien), j’avais fait le choix de débuter avec des chevaux mis à ma main, donc débourrés par mes soins.

 

Une petit bombe

A l’époque déjà, Pendjab était splendide…mais bourré de sang. Une vraie petite Ferrari. Une énergie folle. Avec un potentiel pour tout faire, souple et agile pour le dressage, très bon sauteur, tellement endurant qu’on ne le voyait que très rarement en sueur. Et il ne s’arrêtais quasiment jamais pour boire en rando. Endurant comme un chameau, quoi. Un pied très sur, capable de passer partout, excellent cheval de tête. Et capable de traverser le pré en à peine 3 secondes. En gros, une version alezane du Petit Tonnerre de Yakari mais pas du tout le profil du poney à mettre dans les mains d’un enfant ou d’un adolescent inexpérimenté.

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Adorable ce poney fougueux !

Mais je n’ai pas réussi à me décider à m’en séparer. Car malgré sa vivacité, Pendjab a toujours été un poney en qui on pouvait avoir confiance. J’ai toujours ressenti un sentiment de sécurité sur son dos. Vif mais pas débile. Et je dirais même “attentionné” tellement il reste à l’écoute de son cavalier.

Et donc, bon an mal an, je l’ai gardé. Mon mari et moi le montions souvent et petit à petit nous nous sommes aperçu que ce fougueux poney devenait adorable et maîtrisable de tous s’il faisait ces huit heures de boulot par semaine. Aujourd’hui encore, à presque 15 ans, si nous avons une longue période de vacances ou de repos, nous sommes obligés de le monter avant de le confier aux élèves.

Et encore, il vit au pré, en troupeau et ne mange quasiment que de l’herbe et du foin. Il a juste 2 litres de granulés en plein hiver lorsque les conditions météo sont vraiment difficiles. Je n’ose même pas imaginer comment il aurait pu être s’il vivait au box toute l’année avec 6 litres de grains et une sortie tous les deux jours au manège ! Impensable !

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The boss

Vous l’imaginez, toutes ces qualités ont fait de lui le chef du troupeau. Mais là encore, c’est un chef remarquable. Pas le genre d’excité qui attaque tout le monde tout le temps. Pas du tout, chef juste par sa prestance. Un simple regard et les autres reculent ! La classe, quoi.

Vous l’avez compris, Pendjab est la star des écuries. Celui que tout le monde s’arrache.

Il y a un moment dans l’année où j’aime encore plus monter Pendjab, c’est en course d’endurance, car c’est à ce moment que peut s’exprimer toute la confiance que j’ai en lui.

Je m’explique :

A partir du moment où on a fait le contrôle vétérinaire, Pendjab sait que nous partons en course d’endurance…Et qu’il va falloir courir, longtemps et gérer sa fatigue. Qui est le mieux à même de sentir la fatigue du cheval ? Et bien oui c’est lui même !

Voici donc comment nous gérons notre course.

Au début c’est moi qui gère

Le premier kilomètre, j’ai les rênes plutôt courtes car Pendjab est toujours assez chaud au départ, d’autant que je souhaite partir sur un tout petit trot. Je ne sais pas pourquoi mais la plupart du temps les autres concurrents sur la ligne de départ partent pleine balle. Des fois même au galop ! Pendjab aurait bien envie de faire pareil, donc le début de la course, c’est moi qui gère. Il le sait et s’en accommode relativement facilement.

Au bout d’un kilomètre de trot, je repasse toujours au pas, pendant environ deux ou trois minutes, histoire de reprendre son souffle. Moi même, j’ai besoin de ça quand je fais de la course à pied alors je me dis que cela doit être pareil pour mon cheval. Et d’ailleurs, cette technique s’est révélée relativement payante jusqu’ici. (Pour en savoir plus sur la gestion et l’entraînement à l’effort, je vous recommande cet article sur le trotting.)

Et ensuite c’est Pendjab qui gère

Nous repartons donc ensuite au trot, et maintenant “son deuxième souffle” c’est Pendjab qui le gère tout seul. Je prends mes rênes à la boucle (mais vraiment à la boucle). Il sait qu’il doit avancer et donc je lui fait confiance pour gérer son allure en fonction du terrain. Si par exemple nous arrivons dans une pente caillouteuse, il va reprendre le pas de lui-même et se remettra à trotter dès qu’il le pourra. Si le terrain est particulièrement favorable, par exemple quand la course se passe sur la plage, il va prendre le petit galop.

Mon rôle est juste de me faire la plus légère et la moins gênante possible pour ne pas le fatiguer et de lui indiquer à gauche ou à droite.

Je me souviens d’un TREC que j’avais fait une année en niveau Amateur 1. Ce n’est pas de l’endurance, certes, mais les vitesses moyennes étaient super rapides et le terrain était très accidenté. Je participais en binôme avec mon mari et Pendjab avançait, avançait…Mon mari m’a même dit que j’étais folle de galoper à cet endroit, en l’occurrence une petite descente caillouteuse. Je lui ai répondu : “C’est pas moi, c’est Pendjab”. S’il se sentait capable de le faire, alors moi je lui faisais confiance !

Au final, est-ce que la confiance, ça paie ?

pendjab-confiance-5Et bien oui, oui et re-oui. C’est incontestable. Lorsque nous laissons courir Pendjab de cette façon nous sommes très souvent premier ou si ce n’est pas le cas, dans les quatre premiers. Nous avons par exemple été Champions de Normandie en 2012 et il a été champion de Normandie en 2016 avec une élève. Car si le cavalier le monte de cette façon, en lui faisant confiance, il part en course avec un cardiaque à 38 ou 40 et fini sa course avec un cardiaque à 40-42.

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Et quasiment à chaque fois que Pendjab à un cavalier qui ne le laisse pas gérer son effort lui-même, il n’est pas classé. Je me souviens même d’une course sur la plage où la cavalière, stressée par Evènement, avait les rênes courtes et ne laissait aucune liberté à Pendjab…Et bien il a fini dernier. J’ai même cru qu’il allait faire un malaise au moment de la récupération tellement il avait stressé.

Le couple cheval/cavalier

Cela fait maintenant un peu plus de onze ans que je partage des moments avec Pendjab. Mais il y a peut-être un événement plus qu’un autre qui a renforcé nos liens de confiance. Nous avons effectivement connu des moments difficiles Pendjab et moi.

Une randonnée un peu trop sportive

Un jour, j’encadrais une randonnée pour des adultes voulant un circuit de cinq jours, avec au moins une journée très sportive et intensive. Et j’avais programmé une journée à 54 kilomètres avec dénivelé. Une erreur d’ailleurs car les cavaliers ne voulaient du sportif que le nom et la journée a été très difficile pour tout le monde. D’autant qu’il faisait une chaleur à crever.

Petit coup de mou

Bref, dans un moment de stress où le chemin que l’on devait prendre s’avérait bouché, j’ai senti Pendjab fatiguer. Chose qui est extrêmement rare. J’ai demandé à un des cavaliers de passer devant pour soulager Pendjab car la place du cheval de tête est beaucoup plus fatigante. Impossible. J’ai d’ailleurs moi-même essayé de prendre un autre cheval en tête, rien à faire. Les filous voulaient garder leur place peinard à l’arrière !

Alors j’ai pris Pendjab à la longe et j’ai couru ! Oui en plein canniar. Il n’en pouvait plus alors j’ai couru devant lui pour l’aider. Pendjab, ça lui a fait quelque chose, je l’ai vu tout de suite. Comme un regain d’énergie. D’autant que j’étais très fatiguée moi aussi car j’allaitais encore ma fille, et je ne le savais pas encore (Mais peut-être que Pendjab le savait), j’étais enceinte de mon deuxième enfant. Il s’est passé comme étincelle dans le yeux de Pendjab. J’ai couru, il a trotté. Et puis au bout de quelques kilomètres, je suis remontée sur son dos et il a soufflé un bon coup et est allé jusqu’ au bout de cette beaucoup trop longue journée.

Une confiance partagée

Voilà, ceci explique peut être la relation que nous avons tout les deux. Il a donné, j’ai donné et nous avons fait notre route ensemble. Un bel exemple de confiance réciproque !

Et vous, avez vous un cheval en qui vous avez parfaitement confiance ?

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