Mon cheval charge à l’obstacle …

Alors que certains ont des problèmes d’impulsion sur les parcours d’obstacles. Que d’autres ont des chevaux qui font des refus, qui dérobent … On est loin d’imaginer que certains ont des problèmes parce que leur cheval part tout seul sur les barres ! Pourtant, avoir un cheval qui charge à l’obstacle … C’est un vrai problème ! Car certains chevaux, soit parce qu’ils aiment l’obstacle, soit parce qu’au contraire ils détestent ça, vont échapper au contrôle de leur cavalier et charger les barres. Je vous propose donc dans cet article de voir ensemble quelles solutions s’offrent à nous pour palier à ce problème.

Régina : Cheval qui charge l’obstacle

Une bombe en CSO

Tout d’abord, une fois n’est pas coutume, j’aimerai vous raconter une histoire.

Quand j’étais ado, au poney-club, j’adorais une petite jument de selle alezane, qui se prénommait Régina. Elle était gentille, absolument géniale en dressage mais à l’obstacle, c’était une bombe ! Est-ce que c’était un problème pour moi ? Non, pas vraiment car avec Régina, vous étiez sûre d’une chose, c’est qu’elle allait sauter l’obstacle. C’est d’ailleurs avec cette jument que j’ai sauté pour la première fois 1m40. Pour moi, c’était banco car ce qui me déstabilisait le plus c’était d’avoir un cheval qui jusqu’à la dernière seconde était capable d’éviter l’obstacle.

Avec Régina, je n’avais pas ce problème, j’étais sûre à 100% qu’elle allait sauter. La vraie question était : A quelle vitesse ! Car Régina chargeait les barres.

cheval obstacle saut

Les conseils du moniteur

La consigne de mon moniteur était simple :

1/ Arriver à “tenir” Régina le plus longtemps possible avant l’obstacle

2/ Une fois que la jument relevait la tête et partait comme une bombe, c’était de bien stabiliser ma position en équilibre

3/ Et la troisième consigne était de rétablir le plus rapidement possible après la réception une allure correcte, un galop rassemblé, avant d’enchaîner sur le deuxième obstacle.

Un exercice à l’obstacle réussi

Une fois que j’avais fait ça, mon moniteur était satisfait.

La chose était entendue, et même “normale” que je perde le contrôle une dizaine de foulées avant l’obstacle et que je saute sans aucun contrôle des verticaux, des oxers, voire des spas.

Régina était comme ça, un cheval qui charge à l’obstacle, point barre.

En fait, je crois que le moniteur ne se donnait pas forcément la peine de chercher des solutions car la jument était franche, elle aimait l’obstacle et allait sauter. Et pour les cours d’équitation hebdomadaire, c’était amplement suffisant.

El Morito, un cheval qui charge à l’obstacle (enfin, qui chargeait…)

Dans mon centre équestre, cela fait quelques années que j’ai acheté un anglo-arabe qui, lorsqu’il est arrivé à la maison était une vraie tornade. Impossible de mettre le pied à l’étrier en restant à l’arrêt, impossible de l’avoir arrêté sur la piste à attendre son tour…Et impossible à maintenir une allure correcte devant un obstacle…

Sauf qu’à la différence de Régina, ce cheval chargeait à l’obstacle parce qu’il détestait cela. Plus vite passé plus vite fini ! Cela n’empêche pas qu’il a toujours était franc sur les barres, mais le grincement des dents au moment d’y aller était bien évidemment révélateur de mal-être.

Aujourd’hui, ce cheval, qui se prénomme El Morito, est capable de passer des barres dans le calme, sans grincer des temps et en sans échapper au contrôle du cavalier.

el morito cheval obstacle

Mon cheval El Morito sautant le tronc d’arbre

Alors comment ai-je fais ? Certains d’entre vous diront que je lui ai mis un mors plus dur dans la bouche… Certains me diront que je lui ai mis un enrênement…Et certains, qui me connaissent bien, savent que je n’ai fais ni l’un ni l’autre.

Je lui ai mis en place un dispositif qui lui a demandé de se prendre en charge. Et d’aborder les obstacles avec intelligence, mesure et réflexion.

Que faire quand notre cheval embarque ? On fait le point.

Mais avant de vous en dire plus sur ce dispositif, je voudrais revoir avec vous comment gérer un cheval qui relève la tête, arrache les rênes au cavalier et s’en va plein cul galop !

Imaginez alors que vous êtes sur la piste pour, admettons, travailler les départs au galop. Vous êtes plusieurs en cours et vous devez donc attendre votre tour. Votre cheval, tout en muscle et tout dans le sang qu’il est, voit les autres chevaux partir l’un après l’autre sur la piste, au pas, au trot puis dans la zone délimitée par le moniteur au galop.

Evidemment, votre cheval trépigne d’impatience. Vous le sentez se tendre, gainer tellement ces muscles que vous avez l’impression qu’il a pris deux centimètres en deux secondes… C’est à vous de partir. A peine avez-vous entamé le pas qu’il tire sur ses rênes et part au trot, puis quasi immédiatement au galop. Ce qui fait que vous vous retrouvez dans votre zone de départ au galop déjà à fond les ballons, en essayant tant bien que mal de ralentir votre cheval en tendant vos deux rênes. Ce qui, bien entendu, est inefficace vu que votre cheval est en appui sur le mors …

cavalier obstacle cheval position

Vers le haut, pas vers l’avant

Tout le jeu va donc être d’arriver à utiliser l’énergie débordante de votre cheval pour partir dans un galop maitrisé. Il va donc falloir vouloir gagner en élévation avec votre cheval, lui demander de grandir ses gestes vers le haut et non pas vers l’avant.

Rester assis dans la selle

Il va donc être essentiel de bien rester assis dans votre selle. Clairement, vous imaginez que vous faites 120 kg et que vous êtes confortablement installé. Et que si votre cheval tend les rênes, cela ne modifiera pas votre assise. Vous êtes ancré dans votre selle.

Les épaules

Ensuite, il va falloir faire attention à vos épaules. Dès que vous serez déséquilibré vers l’avant, il sera très facile pour votre cheval de vous emmener. Il va donc falloir conserver votre verticalité. Pour cela vous pouvez imaginer que vos rênes ne sont pas dans vos mains mais attachées à vos épaules. Quel mouvement feriez-vous alors avec vos épaules pour tendre vos rênes ? Voilà, vous avez donc trouvé comment conserver votre verticalité.

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Le menton

Il en va de même pour votre menton. Très souvent les cavaliers ont dans ce cas le menton rengorgé. Or si vous rengorgez votre menton, vos épaules tombent imperceptiblement vers l’avant et entraînent votre cheval. Relever le menton va vous permettre de maintenir votre verticalité.

Faut–il utiliser les jambes ?

Quand on est dans ce cas-là, on a tendance à éviter de fermer nos mollets contre notre cheval, de peur qu’il ne bondisse. Or vos jambes vont être essentielles. Elles vont envelopper votre cheval et à chaque foulée de galop vont l’inciter à avoir un mouvement vers le haut et non va l’avant.

Demi-arrêt sur la rêne extérieure

Enfin nous arrivons à l’élément essentiel qui va nous permette d’agir efficacement sur notre cheval : A savoir un demi-arrêt sur la rêne extérieure. Vous êtes peut–être en train de vous dire : “Quoi un demi-arrêt ? Ce truc violent où le cavalier plombe les dents de son cheval par un geste brutal et sec du bas vers le haut ? “ Effectivement, mal exécuté, cela donne cela…

Un demi-arrêt est une action de la main, une vibration, rapide, légère, de bas en haut sur des rênes ajustées, les doigts bien fermés, suivie immédiatement du relâchement des doigts et d’une cession de la main. Le demi-arrêt allège l’avant-main du cheval renvoie du poids sur les hanches : Il permet d’asseoir le cheval.

Alors pourquoi est ce que c’est utile pour nous ? Et bien tout simplement car elle va empêcher le cheval de vous emmener vers l’avant, pour vous embarquer vers l’obstacle.

Donc si on résume

Le cavalier s’assoie bien dans la selle. Il conserve une verticalité de position en faisant attention à son positionnement d’épaules et de menton. Il englobe son cheval avec les jambes pour l’inciter à rassembler son galop, à chercher un mouvement vers le haut et non uniquement vers l’avant. Au cas où son cheval échappe, il utilise un très bref demi-arrêt par une action de sa rêne extérieure. Mais sans durcir sa main et en gardant un contact moelleux. Il remet des jambes ensuite pour conserver une bonne impulsion et un bon engagement des postérieurs.

Et pour notre cheval qui charge à l’obstacle, que peut-ton faire ?

Tout est dans la tête

Déjà, il va falloir énormément travailler sur le psychologique du cheval avant de travailler sur de la technique. Pour El Morito, j’ai d’abord repris le travail sur des barres au sol. Tant que votre cheval n’est pas capable de passer une barre au sol au pas, au trot et au galop sans chauffer, il ne sert à rien de l’emmener sur des barres d’obstacles.

Je le répète pour être sûre que le message est passé …

Tant que votre cheval n’est pas capable de passer une barre au sol au pas, au trot et au galop sans chauffer il ne sert à rien de l’emmener sur des barres d’obstacles.

Même si vous avez envie d’avancer. Même si vous ne trouvez pas ça valorisant de ne passer que des barres, même si vous avez des rêves de CSI dans la tête …Vous ne pourrez pas enlever cette mauvaise de charger l’obstacle si vous ne prenez pas le temps de l’amener sur des barres au sol.

Et c’est d’autant plus important si votre cheval n’aime pas à priori l’obstacle. Peut-être, et c’était le cas pour El Morito, peut être que votre cheval n’aime pas l’obstacle car personne de ne lui a jamais permis de faire ses gammes sur des choses simples et faciles.

Car passer des barres au sol, c’est comme faire ses gammes pour un musicien, c’est la base !

Et si c’est le cas de votre cheval (et même si ce n’est pas le cas d’ailleurs) il est important de finir votre séance sur des choses faciles. De rester sur du positif. C’est-à-dire que si dans une séance vous avez envie de monter les barres et de sauter plus haut que d’habitude, il sera extrêmement important de prendre le temps à la fin de la séance de refaire le dispositif rênes longues en baissant les barres.

Votre cheval ne doit pas arriver dans la carrière en appréhendant la séance d’obstacle. Parce qu’il se rappelle que la dernière fois il a sauté 1m40 et que c’était super dur !

C’est le cheval qui charge à l’obstacle donc c’est au cheval de régler le problème

Une fois que votre cheval est capable de passer calmement des barres au sol et aux trois allures, nous allons pouvoir installer un dispositif qui va permettre au cheval de gérer son abord. Et c’est important, j’ai bien dit “au cheval” et non “au cavalier”.

C’est très important pour moi de toujours donner la possibilité à votre cheval d’agir de lui-même. De réfléchir à ce qui est le mieux pour lui.

Nous allons donc travailler sur une ligne d’obstacle à une foulée. Mais notre but ne va pas être de réussir à amener le cheval calmement dans le dispositif sous l’action du cavalier.

Le but va être d’amener progressivement un dispositif qui permette au cheval de trouver le meilleur moyen de l’aborder sans l’action du cavalier. Cette différence est essentielle : Car si vous estimez l’exercice bien réalisé alors que vous avez été obligé de raccourcir vos rênes, de ralentir votre cheval et de le rééquilibrer entre chacun des obstacles de la ligne… Cela veut dire que vous serait condamné à toujours reprendre votre cheval entre les obstacles de la ligne.

Notre but va donc être de pouvoir passer notre ligne avec un nœud aux rênes, de les poser sur l’encolure. Et de laisser notre cheval se débrouiller seul dans le dispositif.

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Non, non ne partez pas vous mettre à cheval maintenant en vous disant : Eureka, j’emmène mon cheval sur le ligne en gardant mes mains dans le dos … Car vous risquez de vous faire mal et de blesser votre cheval ! C’est bien notre objectif final mais nous allons avoir plusieurs étapes intermédiaires avant d’en arriver là.

Installer notre ligne avec des barres au sol

ligne d'obstacle à une foulée cheval

Nous allons donc installer une ligne de trois ou quatre barres au sol à 5,50 m d’écart.

Vous allez ensuite amener votre cheval au galop sur le dispositif en l’aidant, avec les conseils que nous avons vu plus haut à ajuster sa foulée pour ne pas qu’il se fasse mal en trébuchant sur les barres.

Si c’est vraiment trop difficile, vous pouvez ajouter une barre de réglage à 2m20 du premier obstacle pour vous aider à aborder la ligne au trot. Vous laisserez ensuite votre cheval prendre le galop à la réception du premier obstacle.

Monter le dernier obstacle pour ne pas que le cheval charge

Lorsque l’exercice passe bien, vous allez pouvoir monter le dernier obstacle. Pourquoi le dernier et non pas le premier ? Parce que si vous montez d’abord le premier obstacle votre cheval va le voir, va vouloir charger l’obstacle sans se préoccuper des barres au sol qui suivent à la réception. En installant d’abord le dernier, votre cheval va pouvoir voir l’obstacle mais pour l’aborder il va devoir faire attention aux 3 barres au sol qui le précèdent (ou 4 si vous avez mis votre barre de réglage).

Pour le moment , vous aidez toujours votre cheval par vos actions de main, par votre positionnement et par votre voix à se caler dans le dispositif.

Monter toute la ligne d’obstacle…

cheval obstacle charge croisillon

Continuez ainsi jusqu’à ce que tous les obstacles de la ligne soient montés. J’ai oublié de préciser que les obstacles de la ligne doivent être bas. Vous pouvez mettre soit des croisillons, soit des verticaux. Mais restez dans des côtes entre 40 et 70 cm en fonction de la taille de votre cheval et ce qu’il a l’habitude de sauter.

Maintenant que la ligne passe bien, vous allez pouvoir enlever la barre de régalage et aborder le dispositif au galop. Bien évidemment, tout cela ne se fera peut être pas dans la même séance. Il vaut mieux d’ailleurs fractionner vos exercices en plusieurs séances pour que les choses se fassent en douceur. Que votre cheval ait bien le temps de comprendre ce que vous attendez de lui.

…Faites un nœud aux rênes

On passe maintenant à la partie la plus fun ! Celle où votre cheval fera briller son intelligence et vous épatera en étant capable de faire le dispositif tout seul. En adaptant son allure d’abord et ses foulées.

Vous allez donc pouvoir faire un nœud avec le bout de vos rênes et emmener votre cheval sur le dispositif. En fonction de la franchise de votre cheval et de son habitude ou pas à travailler de lui-même, à vous de juger si vous installez ce dispositif sur la piste ou pas et avec des oreilles ou pas.

Vous allez donc mettre votre cheval au galop. Mettre vos mains derrière votre dos ou sur votre tête et venir franchir le dispositif. Si bien sûr vous n’êtes pas habitué à conserver votre position en équilibre sans tenir vos rênes cet exercice ne va pas être possible. Mais vous serez d’accord avec moi que si vous n’avez pas une position stable sans vous accrocher aux rênes, vous n’êtes pas prêts non plus à enchaîner un parcours d’obstacle (rassurez-moi !).

Vous ferez bien attention à conserver votre verticalité pour ne pas surcharger les épaules de votre cheval et le déséquilibrer. Pour vous aider, n’hésitez pas à consulter cette vidéo et cette vidéo : 4 exercices rigolo pour améliorer votre position  : Ainsi que cet article : 7 points clés de la position en équilibre

En faisant cet exercice régulièrement, vous allez ainsi apprendre à votre cheval que c’est à lui de gérer son abord. Et que s’il aborde comme un gros débile…Et bien ça ne passe pas !

Un cheval qui (ne) charge (plus) à l’obstacle

cheval qui charge ligne obstacle barre sol

Pour aller plus loin : Je vous conseille ensuite de positionner des barres au sol à l’intérieur de parcours d’obstacles pour habituer votre cheval au fait que toute barre ne se saute pas. Et pour lui apprendre à souffler sur un parcours.

Egalement, vous pourrez ensuite installer des barres au sol au milieu d’une ligne d’obstacle, par exemple sur une ligne à 3 foulées par exemple.

Important pour votre cheval à l’obstacle

Les distances que j’ai donné dans cet article correspondent à un double-poney ou à un petit cheval. A vous de déterminer quelle est la foulée de votre cheval et la distance idéale entre les obstacles. Pour respecter ses allures et installer une ligne d’obstacle confortable.

Pour que votre cheval prenne du plaisir, il est très important que la ligne soit confortable. Avec des foulées trop courtes, il risque de se blesser. Avec des foulées trop longues il risque de se fatiguer et de faire des refus, voir même de se blesser.

N’hésitez donc pas à passer beaucoup de temps à régler votre ligne et à vous faire aider d’un œil extérieur !

D’ailleurs, si vous souhaitez que je vous coach par skype et par vidéos interposées, c’est tout à fait possible !

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Et vous, quel problème rencontrez-vous à l’obstacle ?

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